15 années de projet, d’expérimentation et d’innovation

La Direction Recherche et Innovation (DRI) de la ville de Rosny-sous-Bois a vu le jour en 2010 à l’initiative d’Emmanuel Pezrès, son actuel directeur, pour intégrer les enjeux liés au changement climatique dans la politique municipale, en abordant ces défis de manière transversale – c’est-à-dire en mobilisant l’ensemble des services de la ville.
À la même époque, la ville s’est retrouvée en déficit de classes suite à la création d’une ZAC autour de la gare de Rosny-sous-Bois. Pour répondre à cette urgence, Emmanuel Pezrès – architecte, ingénieur territorial et Directeur adjoint des Bâtiments à l’époque – a proposé, avec un collègue, d'assurer en interne la maîtrise d’œuvre d’un nouvel équipement scolaire : l’école maternelle Les Boutours 1, livrée en 2014. Dès lors, la DRI a été sollicitée pour concevoir d’autres établissements scolaires.
La DRI n’a pas été créée pour être la cellule de maîtrise d’œuvre interne de la ville. Ses missions premières sont la recherche, l’innovation et la transmission. Elle n’intervient donc que sur les projets qui peuvent être supports de recherche.
Les projets de bâtiments portés par la DRI :
Ce dossier constitue un retour d’expérience sur ces cinq opérations, toutes inscrites dans la démarche Bâtiments durables franciliens (BDF). Le contenu est issu de plusieurs entretiens réalisés avec la DRI entre septembre et décembre 2025. Il compile également les nombreuses ressources produites par l’équipe et ses partenaires, dans une logique de partage de connaissances.
Merci à Charlotte Picard (directrice adjointe de la DRI, architecte et ingénieure territoriale) et Giampiero Ripanti (ingénieur fluides et thermique à la DRI) pour le temps accordé et le partage de leurs savoirs. Pour toute question complémentaire, vous pouvez les contacter via ce mail : moerosny93@rosnysousbois.fr
Recherche, innovation, expérimentation et communication
La Direction Recherche et Innovation (DRI) de la ville de Rosny-sous-Bois a vu le jour en 2010, à l’initiative d’Emmanuel Pezrès, son actuel directeur. Celui-ci a proposé d’intégrer les enjeux liés au changement climatique dans la politique municipale, en abordant ces défis de manière transversale – c’est-à-dire en mobilisant l’ensemble des services de la ville. Cette proposition a été soutenue par le maire et la direction générale des services de l’époque, donnant ainsi naissance à une direction inédite dans une collectivité.
Les trois missions de la DRI ont été écrites dès sa création :
Par la recherche, mettre à disposition de la collectivité les systèmes et schémas d’évolution possibles visant à la structuration et à la construction durable du territoire, au regard des enjeux de la déplétion énergétique, de dérèglement climatique en cours, de la fragilité financière et des changements sociétaux que cela implique ;
Par l’innovation et à l’aide d’expérimentations, développer les possibilités de résilience du territoire par une transition énergétique, sociétale et économique urgente ;
Par la communication, participer à la construction d’une culture commune de la résilience et au rayonnement de la ville sur ces thématiques.
Après 15 années : où en est le changement des pratiques ?
Faire évoluer les pratiques reste un défi de taille, car cela implique de sortir de sa zone de confort et de changer ses habitudes. Cela nécessite une appropriation collective des enjeux environnementaux, intégrée à tous les niveaux de la collectivité — y compris dans les processus de recrutement, afin de bâtir un socle de références et d’objectifs partagés au sein des services. Emmanuel Pezrès aborde ce sujet dans une interview menée par le CDG44 en 2023 (ressource disponible ci-dessous ).
Ressources clés
La maîtrise d’œuvre interne : un besoin, une opportunité
Au début des années 2010, la ville s’est retrouvée en déficit de classes suite à la création d’une ZAC autour de la gare de Rosny-sous-Bois. Pour répondre à cette urgence, Emmanuel Pezrès – architecte, ingénieur territorial et Directeur adjoint des Bâtiments à l’époque – a proposé, avec un collègue, d'assurer en interne la maîtrise d’œuvre d’un nouvel équipement scolaire : l’école maternelle Les Boutours 1, livrée en 2014. L’école fut livrée dans les temps et le budget prévu. Dès lors, la Direction Recherche et Innovation (DRI) a été sollicitée pour concevoir d’autres établissements scolaires.
Il est toutefois important de rappeler que la DRI n’a pas été créée pour devenir une cellule de maîtrise d’œuvre interne. Ses missions premières restent la recherche, l’innovation et la transmission. Elle n’intervient donc que sur les projets qui peuvent être supports de recherche.
Ce travail de recherche est guidé par une ambition environnementale forte : avoir un impact neutre, voir positif sur notre environnement.
Les thématiques d’action et de recherche appliqués dans les projets d'équipements scolaires sont :
Architecture Résiliente : modes de construction low-tech et bas carbone, bâtiment vivable et confortable quel que soit les aléas extérieurs (météo extrême, pénurie d’électricité) ;
Architecture Régénératrice : productive de savoir et de savoir-faire, nourricière des Hommes et de la Terre ;
Architecture du Bon Vivre : garante de la santé physique et mentale des usagers, des enfants, appropriable aisément par les utilisateurs.
La maîtrise d’œuvre interne : comment cela fonctionne-t-il ?
Toute collectivité peut légalement assurer la maîtrise d'œuvre d’un projet de construction ou de rénovation, à condition de disposer en interne des compétences nécessaires pour couvrir l’ensemble de la mission de base de maîtrise d'œuvre définie par le Code de la commande publique.
L’équipe de la DRI est donc composée d’architectes et d’ingénieurs structure et fluides. Elle intervient sur toutes les phases d’un projet : de la programmation aux études, en passant par la rédaction des dossiers de consultation des entreprises (DCE), le suivi de chantier et l’accompagnement des usagers. L’effectif de l’équipe varie selon les projets, pouvant atteindre jusqu’à 14 personnes. Certaines ont été recrutées à temps partiel, exerçant en parallèle une activité en libéral. En 2025, la DRI compte 6 agents, dont plusieurs sont désormais fonctionnaires titulaires.
Pour chaque opération, la DRI définit en amont des axes de recherche spécifiques. En fonction des sujets abordés, l’équipe — composée a minima d’un architecte, d’un ingénieur fluides et d’un ingénieur structure — peut faire appel à des bureaux d’études ou à des assistants à maîtrise d’ouvrage (AMO) pour traiter des volets techniques complémentaires : programmation, VRD, toilettes sèches, mise en œuvre de la terre crue, etc.

La direction des bâtiments représente la maîtrise d’ouvrage. Faute d’une personne identifiée comme chargée d’opération au sein de cette direction, la DRI réalise une grande part des missions de maitrise d’ouvrage. La direction de l’éducation représente la maîtrise d’usage, elle est aussi le chef de projet du Plan Ecoles. À ce titre, elle organise les comités techniques et de pilotage :
Le comité technique, composé des différentes directions concernées par le projet (direction de l’éducation, direction des bâtiments, direction des espaces publics dont le service des espaces verts, direction de l’urbanisme, direction recherche et innovation) : il anticipe les différents blocage potentiels (temps de passation des marchés, suivi financier de l’opération, situation de précontentieux), prépare les comités de pilotage et veille à la cohérence du projet avec les objectifs définis dans la lettre de mission ;
Le comité de pilotage, constitué des élus référents de ces mêmes directions et des directeurs et directrices : il est chargé de valider les grandes orientations du projet et d’arbitrer les questions que portent le comité technique.
Ces instances se réunissent régulièrement et valident le projet au moment de la demande de PC, ainsi qu'une confirmation du budget avant la phase de consultation des entreprises (cf. organigramme services municipaux).
L’expérimentation au cœur de la pratique de maîtrise d’œuvre
L’internalisation de la maîtrise d’œuvre a facilité la conduite des projets. Le fait que les architectes et ingénieurs soient collègues et travaillent dans les mêmes locaux, favorise les échanges quotidiens, la réactivité et une meilleure coordination. Cette organisation de travail, à la fois collaborative et stimulante, a permis de réduire les délais d’études entre 12 et 18 mois, parfois 24.

Le travail de recherche et innovation, mission principale de la DRI, était intégré dans le temps des études et du chantier. Chaque projet a permis de tester, affiner et consolider des choix techniques, environnementaux et architecturaux, dans une logique de valorisation progressive des savoir-faire.
Cependant, du fait de la superposition des calendriers de projet, il n’a pas toujours été possible de bénéficier des retours d’expérience des autres projets permettant de réajuster les pratiques (cf. onglet sur le chantier).
Un modèle économique au service de la qualité
Le bilan financier de ces opérations ne peut pas être comparé directement à celui d’un projet classique réalisé en maîtrise d’œuvre externalisée. Certes, le coût au mètre carré des opérations menées par la DRI peut sembler supérieur à la moyenne, mais une approche en coût global s’impose, en tenant compte des éléments suivants :
La mission première de la DRI est la recherche et l’expérimentation. Elle s’oriente donc naturellement vers des techniques non courantes, susceptibles d’augmenter les coûts.
Les projets conventionnels n’intègrent pas les impacts environnementaux et sociétaux, qui peuvent pourtant générer des surcoûts en phase usage (consommations énergétiques, fermeture des établissements en cas de canicule, etc.), mais aussi contribuer à la dégradation des écosystèmes.

Parallèlement à la conduite de ses opérations, la DRI répond à des appels à projets permettant de financer les expérimentations grâce à des subventions publiques. À une certaine période, la mairie comptait d’ailleurs une personne spécifiquement chargée de la recherche de financements et du montage des dossiers, poste indispensable que la DRI espère voir renaitre.
Faciliter la rencontre avec les entreprises à la passation des marchés
Pour la passation des marchés de travaux, deux types de procédures ont été utilisées en fonction coûts travaux :
Le marché à procédure adaptée (MAPA), lorsque le montant des travaux est inférieur au seuil réglementaire ;
La procédure avec négociation, lorsque le montant est supérieur au seuil.
Dans les deux cas, ces procédures permettent d’échanger avec les entreprises candidates, afin de leur présenter les spécificités du projet, les attentes de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’œuvre. Ce temps de négociation, bien qu’il puisse allonger le calendrier global par rapport à une procédure classique, permet de clarifier les enjeux techniques et qualitatifs du projet avec les entreprises, et de s’assurer que les offres déposées sont réalistes, cohérentes et au juste prix.
L’expérience de la Direction Recherche et Innovation (DRI) montre toutefois que ces échanges préalables ne suffisent pas toujours. Pour garantir la réussite d’un projet expérimental et ambitieux, il est essentiel que les entreprises aient des valeurs proches de celles de la DRI, ainsi qu’un niveau d’exigence et d’engagement équivalent. Dans cette optique, le sourçage en amont, tel qu’il est prévu par le code de la commande publique, s’avère être un outil efficace (cf. ressource ci-dessous ). Il permet d’identifier les entreprises du territoire, de les rencontrer en amont des consultations, et de créer des synergies entre acteurs partageant une même volonté d’innover.
Pour aller plus loin, la DRI a proposé, dans le cadre du budget 2026, le recrutement d’ouvriers spécialisés pour certaines tâches spécifiques (enduits, mise en œuvre de la paille, etc.). Ces recrutements permettraient dans un premier temps de réaliser en interne des travaux sur de petits équipements (comme les locaux à vélos), mais aussi d’assurer l’entretien courant des bâtiments, notamment sur la reprise des enduits, sans recours systématique à des prestataires extérieurs.
Ressource clé
L’expérimentation du lot enveloppe et du lot dédié aux frais d'intérêt communs
Bien que la DRI soit très présente sur les chantiers, parfois au quotidien, elle a rencontré deux difficultés récurrentes liées au choix des marchés en corps d’états séparés :
1. La gestion des frais d’intérêts communs
Les frais dits d’intérêts communs (eau, électricité, gardiennage, nettoyage, tri des déchets, etc.) ont souvent été source de tensions. En l’absence de responsable clairement désigné, chaque entreprise tend à se désengager, considérant que ces tâches ne relèvent pas de son périmètre. Cela a entraîné des problèmes de propreté, de gestion des déchets ou de paiement de certaines factures.
Plusieurs montages ont été testés par la DRI, sans véritable succès. Le seul modèle ayant donné des résultats satisfaisants a été mis en œuvre sur le projet de la maternelle Bois Perrier, via la création d’un lot spécifique dédié à la base vie, au nettoyage et à la gestion des installations communes. Ce système a fonctionné parce qu’un acteur était explicitement rémunéré pour ces tâches. Cependant, ce montage déresponsabilise les autres entreprises, ce qui va à l’encontre des principes portés par la DRI.
2. La coordination des lots d’enveloppe : un besoin de synthèse mal couvert
La seconde difficulté concerne la synthèse technique entre les lots liés à l’enveloppe : charpente, isolation, étanchéité, couverture, menuiseries extérieures. Pour améliorer la gestion des interfaces techniques, la DRI a expérimenté la création d’un lot unique regroupant ces corps d'État.
L’objectif n’était pas de faire appel à une entreprise générale, mais plutôt de constituer un groupement d’artisans cotraitants. Mais cette solution n’a pas pleinement fonctionné, sans doute parce que les charpentiers, désignés comme mandataires, ne sont pas habitués à endosser un rôle de coordinateur.
La DRI envisage donc de faire évoluer la rédaction des pièces marchés pour insister sur les obligations de synthèse et de travail collaboratif. Cela implique une maîtrise fine du Code de la commande publique, afin de concevoir des montages contractuels innovants.
Des chantiers participatifs pour une architecture régénérative et collective
Dans la logique de produire une architecture régénérative, productrice de savoirs et de savoir-faire, la Direction Recherche et Innovation (DRI) a organisé de nombreux chantiers participatifs.
Ces moments de fabrication collective visent à reprendre la main sur l’acte de construire, y compris pour les concepteurs, et à se libérer d’une dépendance technique ou technologique. Ces chantiers sont aussi pensés comme des temps de transmission, d’entraide et de convivialité, en dehors du cadre marchand classique. En échange de leur engagement, les participants étaient accueillis avec un petit déjeuner et un déjeuner offert par la ville de Rosny-sous-Bois.

Une organisation portée en interne
Chaque chantier a été organisé par un membre de la DRI, chargé de mobiliser un formateur, d’assurer les achats de matières premières et de coordonner la communication. Les participants étaient principalement :
des étudiants, architectes ou ingénieurs en formation,
des professionnels désireux de mettre en pratique des techniques manuelles,
et, dans un cadre scolaire ou périscolaire, des enseignants et des enfants.
La participation des habitants de Rosny-sous-Bois est restée plus limitée, en raison d’une moindre disponibilité et d’une difficulté à les mobiliser. Pour impliquer davantage les habitants de Rosny-sous-Bois, la DRI souhaite à l’avenir collaborer plus étroitement avec les services municipaux, notamment les centres culturels et les maisons de quartier.
Des réalisations concrètes, en marge des chantiers principaux
Les chantiers participatifs ont permis la réalisation de petits ouvrages annexes aux bâtiments principaux, tels que des abris vélos. Cela permet d’éviter toute interférence avec le chantier principal, en particulier du point de vue assurantiel, car les entreprises ne peuvent garantir des ouvrages réalisés par des tiers extérieurs.

Les participants ont eu la possibilité de produire des briques de terre crue moulées (adobes), une charpente traditionnelle en bois, des bardages en bois brûlé, un mur porteur en paille.
Plusieurs ateliers et chantiers ont été menés avec les enfants : la fabrication de mosaïques sur les thèmes « liberté, égalité, fraternité » et les grands écosystèmes, une exposition sur la construction du centre de loisirs Jacques Chirac présentée lors de son inauguration, un hôtel à insectes.
Ressource clé
Des matériaux biosourcés, géosourcés et issus de filières locales
Le choix des matériaux résulte d’une réflexion globale sur l’impact environnemental de la construction. Cet enjeu est d’autant plus crucial lorsque l’on œuvre pour un service public dont la mission première est de contribuer à l’intérêt général. Dès le projet de l’école des Boutours 1, la volonté était d’utiliser des matériaux biosourcés – issus de l’énergie solaire – afin de s’affranchir des filières conventionnelles fondées sur l’extractivisme et la pétrochimie. Cette démarche repose sur un travail de recherche préalable et continue, d’identification des acteurs et d’analyse des opérations déjà réalisées avec ces matériaux, permettant ainsi une montée en compétences progressive.
L’école des Boutours 1 a ainsi été réalisée avec une structure en bois et une isolation en paille. L’entreprise retenue, autrichienne, a préfabriqué les parois verticales et les planchers. Il n’a toutefois pas été possible de garantir un approvisionnement local et une filière biologique pour la paille. À partir du projet du groupe scolaire les Boutours 2, la Direction Recherche et Innovation (DRI) a engagé un travail de sourcing en parallèle des études afin d’identifier des fournisseurs de matériaux et des entreprises plus proches géographiquement et plus en adéquation avec les valeurs de la direction.
La DRI s’inscrit dans une dynamique de recherche continue visant à adopter les pratiques les plus soutenables possible. Des évolutions ont donc été apportées d’un projet à l’autre, que nous présentons ci-dessous, matériau par matériau.
De la botte de paille de blé bio ...

La DRI s’est rapprochée du Réseau Français de la Construction Paille (RFCP), d’entreprises spécialisées dans la construction biosourcée (APIJ Bat et notamment Rémi Beauvisage, pionnier en éco-construction et en intensité sociale) ainsi que d’un architecte et d’un ingénieur suisses reconnus pour leur expertise dans la construction en paille (Werner Schmidt et Peter Braun). Ces collaborations ont permis à l’équipe de renforcer ses connaissances.
En parallèle, la DRI a identifié un premier fournisseur de bottes de paille bio en Seine-et-Marne (Paille Service). Bien qu’il s’agisse d’un fournisseur local, il n’existait pas encore à l’époque de lien direct avec les agriculteurs. Ce n’est qu’à partir du projet du centre de loisirs Jacques-Chirac que des premiers contacts ont été établis avec des exploitants agricoles, dont l’un engagé dans une démarche d’agroforesterie.
Afin de garantir un approvisionnement local et le recours à une culture raisonnée, la ville de Rosny-sous-Bois achète les bottes de paille en direct, avant de les remettre à l’entreprise chargée des travaux. Cette méthode pose un défi logistique : les bottes doivent être stockées avant leur mise en œuvre, et les coûts de stockage facturés par les agriculteurs peuvent être élevés. L’idéal serait que la DRI dispose d’un hangar ou d’un bâtiment vacant pour entreposer les matériaux.
Ressource clé
...à la botte de paille de Thinopyrum intermedium
Souhaitant élargir son champ d’expérimentation au-delà de la paille de blé et explorer d’autres modes de culture, la DRI s’est intéressée aux céréales vivaces, notamment au Thinopyrum intermedium. Cette démarche s’appuie sur les travaux du Land Institute, au Kansas, pionnier depuis plusieurs décennies dans l’agriculture pérenne, une agriculture qui préserve les sols en s’affranchissant des pratiques conventionnelles (labour, engrais, pesticides). Le Land Institute étudie plusieurs céréales vivaces – dont le Thinopyrum intermedium (Kernza®) – pour des usages alimentaires (farine ou fourrage), mais aucune expérimentation n’avait encore été menée en tant que matériau de construction.
Le Land Institute s’appuie sur un réseau international de laboratoires. Grâce à ce réseau, la DRI a pu récupérer des graines auprès de l’ISARA (Auvergne-Rhône-Alpes) et a lancé un marché afin d’identifier un agriculteur prêt à les cultiver. Des premiers essais ont été réalisés en Normandie, non sans difficultés. L’agriculteur est parvenu à produire quelques bottes, mais en quantité insuffisante. La DRI s’est donc tournée vers le réseau d’agriculteurs travaillant avec l’ISARA et a pu racheter leurs surplus sur deux récoltes. Les tests de bottelage se sont révélés concluants, permettant ainsi d’utiliser ces bottes sur le projet de la maternelle Bois-Perrier.
La DRI souhaite poursuivre ses recherches sur la paille de Thinopyrum intermedium pour les futurs projets, notamment en développant des lieux de culture en Île-de-France ou en expérimentant la paille porteuse avec cette céréale. Aux États-Unis, cette culture n’est pas conduite en bio ; la DRI souhaite donc également explorer des pistes pour tendre vers une culture plus raisonnée.
Remplacer le lien en polypropylène par une matière naturelle
Dans sa démarche visant à concevoir des bâtiments compostables, la DRI a cherché à substituer le lien des bottes de paille en polypropylène par un lien en matériau naturel. Aujourd’hui, le matériau naturel encore compatible avec les botteleuses est le sisal. Cependant, cette fibre ne pousse pas en Europe, mais principalement en Amérique du Sud (Brésil). La DRI a tout de même identifié un fournisseur européen et a pu tester son utilisation sur le projet du groupe scolaire Jean Mermoz : les résultats au moment du bottelage étaient prometteurs, mais les liens avaient tendance à se rompre lors du transport, compliquant le travail des entreprises chargées de la manutention et de la pose.
Des liens en chanvre ont également été testés pour pour lier les lisses basses et hautes comprimant les bottes de paille porteuse sur le mur test de précompression du centre de loisirs Jacques Chirac. Une fois le mur enduit, le chanvre s'est dégradé sous l’effet de l’humidité.
Face à ces difficultés, la DRI est revenue à des liens en polypropylène pour le chantier de la maternelle Bois-Perrier, tout en prévoyant de poursuivre ses recherches pour trouver d’autres alternatives naturelles via les projets à venir.
D’un bois autrichien à une sylviculture douce et locale

Suite au projet des Boutours 1, construit en bois massif de type CLT provenant d'Europe, la DRI a mené des recherches pour mettre en œuvre du bois moins transformé et plus local. L’objectif était également de limiter l’usage du bois résineux — dont l’exploitation mobilise de nombreux intrants chimiques nuisibles aux sols et à la biodiversité — au profit du bois feuillu, présent localement en Ile-de-France contrairement au résineux.
La DRI a rencontré plusieurs scieries et charpentiers afin de mieux comprendre le fonctionnement des filières bois franciliennes et françaises. Ces échanges ont permis de monter en compétences et de vérifier la disponibilité de volumes de bois - feuillu et local - suffisants pour les chantiers à venir.
Cependant, travailler avec des scieurs ne suffit pas à garantir l’origine précise du bois ni les pratiques d’exploitation forestière. Des membres de la DRI se sont donc formés à la sylviculture douce et à la caractérisation visuelle des bois (obligatoire pour utiliser du bois non estampillé CE) auprès du Réseau pour les Alternatives Forestières. À la suite de cette formation, la DRI a établi un partenariat avec la Bergerie de Villarceaux, qui dispose de plusieurs hectares de forêt peu exploitée.
Elle a ainsi pu acheter à deux reprises du bois en maîtrisant l’ensemble de la chaîne de transformation : sélection des arbres sur place, débardage à cheval, installation d’une scierie mobile sur le site. Après quelques mois de séchage — insuffisants pour obtenir un bois sec — le bois a été employé pour réaliser des auvents dans les cours du groupe scolaire Simone Veil ou des protections solaires extérieures sur le projet de la maternelle Bois-Perrier.
Pour les futurs projets, la DRI souhaite élargir son réseau d’exploitants forestiers afin de poursuivre et renforcer cette démarche.
Ressource clé
La terre crue, un matériau compatible avec la paille mais difficile à sourcer localement

L’utilisation de matériaux géosourcés, comme la terre crue, pose davantage de difficultés éthiques et techniques que pour les matériaux biosourcés. Alors que ces derniers sont issus de l’énergie solaire, renouvelables et disponibles en grande quantité, les matériaux géosourcés dépendent de l’extraction, avec des impacts importants sur les paysages, les sols et la biodiversité. De plus, l’Île-de-France n’est pas une région où la construction en terre crue est développée : la nature de ses sols n’est pas toujours adaptée et une grande partie des terres extraites sont polluées.
Pourtant, la terre crue constitue un excellent complément à la construction en paille, notamment pour la réalisation des enduits intérieurs ou extérieurs. Elle offre de nombreuses qualités en matière de régulation hygrothermique et d’amélioration de la qualité de l’air intérieur, et se prête très bien aux chantiers participatifs. L’ensemble des projets développés par la DRI comportent donc de la terre crue en provenance principalement de la briqueterie Dewulf et d’AKTerre.
Pour le projet du groupe scolaire Jean Mermoz, inscrit dans une démarche de démonstrateur de la construction en terre crue en Île-de-France, des approvisionnements plus locaux ont été recherchés. La DRI a envisagé d’utiliser les terres excavées dans le cadre du chantier de la ligne 11 (gare de la Dhuys et ouvrages techniques à proximité), mais les sols de Rosny se sont révélés trop pollués et trop argileux.
La solution a donc été de se fournir auprès de Cycle Terre, dont la fabrique de blocs de terre comprimée (BTC) venait d’ouvrir à Sevran. Bien qu’une traçabilité fine ne soit pas possible (Cycle Terre n’était pas en mesure de donner la provenance exacte de la terre crue utilisée pour ce chantier), l’objectif était de favoriser un approvisionnement francilien.
L'approvisionnement en direct de terre crue francilienne reste aujourd’hui très complexe pour la DRI. Il nécessiterait une connaissance fine des chantiers en cours et de réaliser systématiquement des tests des terres, un processus particulièrement long et exigeant.
Aménagements intérieurs : des alternatives biosourcées moins locales
À partir du groupe scolaire les Boutours 2, les cloisons intérieures sont réalisées en ossature bois, panneaux en fibres-gypse et isolant en coton recyclé pour éviter les ossatures métalliques, les plaques de plâtre et les isolants minéraux.
Afin de réduire la quantité de panneaux en fibres-gypse — le gypse étant issu de l’extraction en carrière — la DRI a exploré l’alternative des panneaux en terre crue. Toutefois, leur approvisionnement reste complexe, le fabriquant le plus proche étant situé en Allemagne. Ainsi, pour le groupe scolaire Simone Veil et le groupe scolaire Jean-Mermoz, la majorité des cloisons ont été conçues en panneaux de terre crue, avec une finition en enduit de terre crue. Cette finition s’avère toutefois fragile, notamment dans les angles, beaucoup soumis aux chocs. C’est pourquoi la partie basse des cloisons a été réalisée en panneau de bois pour le groupe scolaire Simone Veil et en fibres-gypse (jusqu’à 1,30 m) pour le groupe scolaire Jean-Mermoz.
L’utilisation de finitions en terre crue permet également de limiter les surfaces à peindre, la peinture restant un matériau émetteur de COV et formaldéhydes, même si des options moins nocives existent aujourd’hui (notamment les peintures naturelles et biodégradables Luma utilisées dans les projets menés par la DRI).
Pour les revêtements de sol, le revêtement principal est le linoléum, un sol souple composé principalement d’huile de lin et de bois. Il est distribué par plusieurs fournisseurs français dont les usines de production sont situées en Europe, mais pas en France. Du parquet a été posé dans quelques salles (bibliothèque et salles d'expression corporelle notamment), mais ses propriétés très réverbérantes le rendent peu adapté aux environnements scolaires.
Aménagements intérieurs : une recherche d’économie de moyens
Concernant les faux-plafonds, la DRI s’est orientée vers des panneaux en fibres de bois compressée. Leur mise en œuvre nécessite cependant beaucoup d’éléments métalliques. À partir du groupe scolaire Jean-Mermoz, l’objectif a été de limiter les surfaces de faux-plafond au strict nécessaire, notamment dans les zones où des panneaux rayonnants doivent être installés. Pour la maternelle Bois-Perrier, l’ensemble des installations techniques étant déjà apparentes dans l’existant, ce principe a été conservé, y compris pour les réseaux de chauffage. Cela génère une forte présence de tuyauteries visibles, mais à l’avantage de faciliter grandement les opérations de maintenance.
Comment construire local dans un contexte de marché public ?
Il n’est pas possible de demander aux entreprises d'acheter des matériaux chez un fournisseur précis ou dans une zone géographique précise. Il est par contre possible pour une collectivité :
d’acheter en direct les matériaux via un marché séparé : c’est le cas des bottes de paille et des bois issus de la bergerie de Villarceaux ;
d’utiliser des procédures de passation des marchés travaux avec négociation afin de favoriser les solutions innovantes ;
de préciser des caractéristiques de matériaux qui orientent les entreprises vers des types de matériaux : demander de la paille bio, demander une classification de bois pour les feuillus (section D30 Classe 1 : il n’y a que du chêne ou de châtaignier qui répondent à cette classification) ;
utiliser le conditionnel pour exprimer ses souhaits, sans les imposer ;
faire du sourçage en amont pour identifier les entreprises du territoire pertinentes et leur parler du projet.
Se former au code des marchés publics et à leur rédaction est indispensable.
Un bâtiment compostable, comment ça vieillit ?
L’un des grands avantages de la maîtrise d'œuvre interne à la ville est que la DRI peut observer le vieillissement des bâtiments et en tirer des enseignements pour les projets suivants. De manière générale, les bâtiments vieillissent bien et aucune problématique majeure n’a été relevée durant les phases d’usage.
Quelques traces sont toutefois apparues sur les façades du centre de loisirs Jacques-Chirac. La DRI a réalisé des sondages sur site afin de vérifier le taux d’humidité de la paille : les résultats montrent que les murs restent parfaitement sains. Les marques observées semblent plutôt dues aux intempéries et aux détails de façade qui peuvent causer des rejaillissements. Les finitions autour des cadres de fenêtres constituent également des zones sensibles, les enduits y adhèrent parfois difficilement. Ces détails ont donc été ajustés et améliorés d’un projet à l’autre.
Tous les bâtiments sont équipés d’un système de ventilation naturelle avec récupération de chaleur. Le renouvellement d’air hygiénique y est assuré non pas par des appareils motorisés, mais par des différentiels de pression générés par des dispositifs architecturaux, comme les tours de ventilation. La DRI s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue afin de concevoir des installations sobres garantissant un confort optimal. Les systèmes de ventilation ont donc évolué au fil des projets.
La DRI a mené entre 2017 et 2023 un projet de recherche financé par l’ADEME sur la ventilation naturelle, intitulé BATRESP VNRC, dont les résultats ont contribué à alimenter les projets. Une exposition a été organisée à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de la Villette en 2023 pour en partager les enseignements. Toutes les ressources associées sont compilées dans la page focus "Ventilation naturelle" ci-dessous
Les Boutours 2 : une prise et une sortie d’air dans une même tour de ventilation
Fonctionnement du système de ventilation naturelle
Dans l’école des Boutours 2, l’air neuf rentre à la base des tours à vent (flèche bleue), situées au-dessus des couloirs centraux, puis circule dans un conduit jusqu’aux différents locaux. L’air vicié est extrait en fond de salle (flèche magenta), et s’élève dans les tours. La prise d’air et la sortie d’air se font donc dans la tour à vent, bien que les flux d’air ne se croisent pas.
L’air neuf est préchauffé pendant la période hivernale de deux façons :
Préchauffage 1 : les flux d’air entrant et sortant se croisent dans des échangeurs de chaleur de très grande taille (1 m3) placés entre les deux flux (cube vert), ce qui permet de récupérer des calories sur l’air extrait (50% environ) ;
Préchauffage 2 : l’air neuf circule dans le plenum de faux-plafond (donc au-dessus des panneaux rayonnants) avant d’arriver dans les salles de classe.
Le flux d’air entrant est régulé par des registres rectangulaires situés à proximité des échangeurs. La modulation de l’ouverture des lames des registres est pilotée automatiquement par des sondes de CO2.
Retours en phase usage
Cette configuration présente deux problématiques :
Les échangeurs sont difficilement accessibles, car placés derrière un faux plafond coupe-feu non démontable, ce qui rend complexes les interventions d’entretien maintenance (mais il est prévu d'y remédier) ;
Le positionnement des prises d’air et des sorties d’air dans la tour à vent peut, dans des conditions spécifiques, inverser le sens du flux d’air. L’air soufflé est alors froid, car non préchauffé, et peut ainsi créer de l’inconfort pour les usagers.
Ressource clé
Centre de loisirs Jacques Chirac : des systèmes plus petits et 100% manuel
Pour le centre de loisirs Jacques Chirac, l’objectif était de concevoir des installations de ventilation naturelle plus petites. A partir de ce projet, l’ensemble des gaines sont réalisées en plaques fibres-gypse.
Fonctionnement du système de ventilation naturelle
Les prises d’air neuf sont situées en façade, l’air neuf traverse l'échangeur puis chemine ensuite de panneaux rayonnants avant d’arriver dans la classe, en fond de salle (flèches bleues). L’air vicié est extrait directement via l’échangeur situé en façade, puis circule dans une gaine avant de s’élever dans les tours à vent positionnées au centre du bâtiment (flèches jaunes).
Cette fois encore l’air neuf est préchauffé de deux façons : via l’échangeur et au contact des panneaux rayonnants.
Le flux d’air est régulé par des registres rectangulaires situés devant les échangeurs. La modulation de l’ouverture des lames des registres est pilotée manuellement par des leviers actionnables par les usagers. Des sondes de CO2 sont installées dans chaque pièce pour leur donner une indication de la qualité de l’air.
Retours en phase chantier
Pour ce projet, la DRI a souhaité remplacer les supports de fixation des échangeurs, traditionnellement en métal, par une structure bois. La mise en œuvre en phase chantier a complexifié les interfaces entre les différents lots, car ce n’était plus à l’entreprise CVC de réaliser le support, comme c’est le cas pour la version en métal, mais au charpentier. Ce principe a donc été abandonné dans les projets suivants.
Retours en phase usage
Le positionnement des échangeurs et registres en façade facilite les interventions d’entretien-maintenance, car ils sont accessibles depuis les salles.
Il s’agit d’un système entièrement mécanique, opérable sans électricité. Les systèmes de ventilation ne consomment donc pas d’énergie et ne peuvent pas tomber en panne. Cependant, il démultiplie les systèmes de régulation : un levier par registre, soit deux par pièces.
Simone Veil : faire du low-tech, mais avec de l’énergie
Fonctionnement du système de ventilation naturelle
Le système de ventilation du groupe scolaire Simone Veil est similaire à celui du centre de loisirs Jacques Chirac : les prises d’air neuf sont situées en façade, l’air neuf chemine ensuite au-dessus de panneaux rayonnants avant d’arriver dans la classe, en fond de salle. L’air vicié est extrait directement via l’échangeur situé en façade, puis circule dans une gaine avant de s’élever dans les tours à vent positionnées à l’arrière du bâtiment.
Les éléments qui diffèrent sont :
la hauteur des tours est plus mesurée, car la configuration du bâti sur plusieurs étages permet d’intégrer la hauteur nécessaire au tirage dans le volume bâti ;
le positionnement des registres : ils sont situés en façade et en toiture, à la base des tours à vent ;
la modulation des registres : elle est toujours manuelle, mais les deux leviers par pièce ont été remplacés par un interrupteur on/off et un variateur qui sert de potentiomètre pour faire varier l’ouverture des lames du registre ;
pour améliorer l’acoustique, des grilles acoustiques ont été installées devant les entrées d’air (cf. rapport de mesures ci-dessous ).
Ressource clé
Retours en phase usage
La commande via l’interrupteur on/off et le variateur ne fonctionne pas très bien, car les usagers ne perçoivent pas ce qui se passe en les manipulant (contrairement aux leviers installés au centre de loisirs Jacques Chirac).
Groupe scolaire Jean Mermoz : de l’interrupteur on/off à l’interrupteur manuel/auto
Dans le groupe scolaire Jean Mermoz, l’air neuf rentre par une galerie technique située en sous-sol des bâtiments. Cette galerie est connectée à deux puits climatiques (un par bâtiment) qui préchauffent l’air neuf en hiver et le rafraîchissent en été. L’air neuf circule ensuite dans un conduit vertical, situé au centre du bâtiment, puis dans des gaines en plafond avant d’entrer dans les salles de classe, à proximité des façades. L’air vicié est extrait en fond de salle, puis s’élève dans les tours à vent.
En plus des puits climatiques, l’air neuf est préchauffé par :
des échangeurs de chaleur situés en fond de salle, au niveau des sorties d’air vicié ;
des batteries chaudes.
Le flux d’air entrant est régulé par des registres situés à proximité des échangeurs. Leur modulation est pilotée par un interrupteur manuel/automatique. En mode manuel, l’usager peut réguler lui-même la ventilation grâce à un variateur qui sert de potentiomètre. En mode automatique c’est la sonde CO2 qui régule le degré d’ouverture des registres et le fonctionnement des batteries chaudes grâce à une vanne deux voies.
C’est un système qui fonctionne bien, mais qui complexifie le réseau de ventilation. La galerie technique en béton a un impact carbone non négligeable.
Bois Perrier : des registres sur mesure et à commande manuelle !
Les prises d’air neuf sont situées en façade sud en partie supérieure des salles de classe (flèche verte). L’air neuf traverse un échangeur à plaques (carré bleu) afin d’être préchauffé une première fois, transite ensuite dans une gaine aéraulique jusqu’au fond de la classe, puis passe dans une batterie à eau chaude afin d’être préchauffé une deuxième fois avant introduction dans la salle de classe (flèche bleu foncé).
L’air vicié est repris dans la salle de classe, au plus près de l’échangeur de chaleur, et au plus loin de la grille de soufflage (flèche rouge), afin de maximiser le « balayage » de l’air dans toute la salle de classe. Cet air vicié circule dans l’échangeur à plaque et vient donc réchauffer l’air neuf. Il passe ensuite dans la tour d’extraction, située en façade sud et est refoulé en tête de tour à 4 m au-dessus de la toiture (flèche marron), afin de créer le maximum de tirage thermique.
A la mi-saison ou en été, l’air neuf rentre par les ouvrants en façade sud. Une grille « bypass » permet d’extraire l’air de la pièce sans passer par l’échangeur de chaleur (flèche violette). L’extraction se fait toujours par la tour à vent (flèche marron).
Le flux d’air est régulé par des registres rectangulaires situés devant les échangeurs. La modulation de l’ouverture des lames des registres est pilotée manuellement par des leviers actionnables par les usagers. Il s’agit d’un système mécanique, opérable sans électricité, comme pour le centre de loisirs Jacques Chirac. Des sondes de CO2 sont installées dans chaque pièce pour leur donner une indication de la qualité de l’air.
Dimensionnement des installations : l’indice ICONE !
Les installations de ventilation naturelle sont dimensionnées en se basant sur l’indice ICONE (indice de confinement), pour un débit cible de 25m3/h/pers (soit 750m3/h par salle de classe). Il s’agit d’un débit « cible », car la ventilation naturelle ne peut pas garantir des débits constants.
Des simulations thermiques dynamiques sont réalisées dans des conditions hivernales moyennes, sans vent, afin de vérifier, de manière dynamique, la concentration en CO2 dans les espaces occupés de manière continue.
Ressources clés
Analyse de la qualité de l’air
Les bâtiments sont équipés d’une GTC ou d’un collecteur de données qui permettent de recueillir les données de qualité de l’air. Un travail d’analyse de ces données est à venir, mais le COSTIC a déjà instrumenté l’école des Boutours pour analyser la qualité de l’air. Les résultats montrent qu’en moyenne l’air est de bonne qualité.
Ressource clé
Pistes d’amélioration : l’ACV !
L’installation de deux réseaux de ventilation par salle de classe a un impact carbone non négligeable. Une réflexion est en cours sur les projets suivants afin d’en réduire le nombre.
Garantir le confort par une approche bioclimatique
L’ensemble des projets intègrent une démarche bioclimatique dans la conception architecturale. Les façades exposées bénéficient de protections solaires fixes (comme des casquettes) et/ou mobiles (brise-soleils à lamelles orientables ou rétractables).
Bien que les structures des bâtiments soient majoritairement en bois, la mise en œuvre de murs épais isolés en bottes de paille et l’intégration de terre crue — pour les enduits intérieurs, certaines cloisons (plaques de terre crue) et des murs porteurs (briques de terre comprimée) — apportent une forte inertie thermique. Le groupe scolaire Jean Mermoz contient une quantité plus importante de terre crue. Il sera intéressant de comparer le niveau de confort estival de ces bâtiments avec les autres établissements pour déterminer l’impact de l’inertie thermique de la terre crue.
Chaque salle de classe est dotée d’ouvertures dédiées à la ventilation naturelle nocturne, permettant d’évacuer la chaleur accumulée. Elles sont également équipées de brasseurs d’air afin d’améliorer le confort des occupants pendant la journée.
Le “bouton canicule” du groupe scolaire Jean-Mermoz
L’approche bioclimatique adoptée par la Direction recherche et innovation (DRI) permet de concevoir des bâtiments capables de résister à des épisodes caniculaires d’une dizaine de jours. Les retours des usagers sont jusqu’ici très positifs, comme l’illustre une récente émission radiophonique.
Pour le groupe scolaire Jean-Mermoz, l’objectif était de créer des bâtiments capables de maintenir leur fonctionnement même lors de canicules prolongées, lorsque l’inertie thermique ne suffit plus. Le centre de loisirs et l’école maternelle sont ainsi reliés à un puits climatique qui rafraîchit l’air neuf en été (cf. onglet Ventilation naturelle). En cas de fortes chaleurs, les usagers peuvent activer des “boutons canicules”, installés dans toutes les salles du centre de loisirs ainsi que dans les salles de sieste et d’activité de la maternelle. Leur activation déclenche des moteurs qui renforcent le tirage thermique et amènent de l’air frais dans les espaces intérieurs.
Ce dispositif n’est utilisable que si la direction a préalablement activé une commande centrale nécessitant une clé, afin d’éviter toute surutilisation de ce système de rafraîchissement passif. Grâce à ce procédé, lors de la canicule de juillet 2025, l’écart de température entre l’intérieur et l’extérieur dépassait les 10 °C. Ces épisodes de chaleur rappellent aux usagers leur rôle dans le bon fonctionnement du bâtiment. Ils apprécient d’autant plus le confort ressenti à l’intérieur.
Ressources clés
Une production d’énergie renouvelable et résiliente
Le PLU de la ville de Rosny-sous-Bois impose le raccordement au réseau de chaleur de la ville, qui présente un taux d’énergie renouvelable et de récupération (ENR&R) supérieur à 80 %. L’ensemble des bâtiments y sont donc raccordé, à l’exception du groupe scolaire Les Boutours 2, trop éloigné des infrastructures existantes. Ce dernier est donc équipé d’une chaudière bois.

Chaque projet dispose également d’un poêle de masse, installé dans le hall d’entrée ou dans la salle d’activité, afin de proposer une solution de chauffage résiliente. Ce dispositif permet de maintenir un espace chauffé en cas de panne du réseau ou d’interruption électrique. À partir du centre de loisirs Jacques Chirac, les projets intègrent un vide sanitaire ou une galerie technique pour en faciliter l'entretien et la maintenance. La prise d'air du poêle se fait directement dans le vide sanitaire ou la galerie technique.
Par ailleurs, la plupart des bâtiments sont équipés de panneaux solaires thermiques dédiés à la production d’eau chaude sanitaire (ECS) pour les besoins des logements de fonction. Aucune production d’ECS n’est prévue pour les sanitaires.
Terminaux et régulation
Pour les terminaux, les bâtiments disposent d’un double système :
Des batteries chaudes pour le chauffage de l’air soufflé (par ailleurs pré-chauffé par un échangeur à plaques) ;
Des panneaux rayonnants en plafond ou des radiateurs muraux destinés à compenser les déperditions thermiques (les panneaux rayonnants en plafond permettent également de participer au chauffage de l’air neuf).
La régulation des panneaux rayonnants ou des batteries chaudes varie d’un projet à un autre. Dans les premiers bâtiments, ils sont pilotés par des vannes deux voies : le chauffage est enclenché lorsque la ventilation fonctionne, avec possibilité de l'arrêter en dehors de la période de chauffage. Dans les bâtiments plus récents, la régulation est assurée par des vannes thermostatiques avec sondes de température déportées. Cela permet de déclencher le chauffage de l’air en fonction de la température de l’air et donc uniquement lorsque celle-ci est en dessous de la température de consigne.
Une mise en service délicate à l’automne
Les retours des usagers sont globalement positifs, malgré quelques périodes d’inconfort en début d’automne, lorsque le chauffage n’est pas encore activé. En effet, en raison de la forte inertie thermique des bâtiments, les températures intérieures peuvent être très fraîches dans les semaines qui précédent la période de chauffe, surtout si les ouvrants de ventilation sont laissés ouverts la nuit ou le week-end.
Des réglages imparfaits de certains registres de ventilation ont également pu perturber le confort. Il est donc essentiel de réaliser une campagne complète de vérification avant la livraison des bâtiments, les autocontrôles des entreprises pouvant être insuffisants, notamment pour la ventilation naturelle.
Enfin, même si les consommations énergétiques n’ont pas encore été analysées en détail (ce travail est en cours), les premiers retours d’exploitation sont très encourageants.
Une expérimentation innovante : le stockage intersaisonnier
Le centre de loisirs Jacques Chirac bénéficie d’un dispositif rare en France : un système de stockage intersaisonnier. Il repose sur une cuve de 50 000 litres d’eau glycolée, intégrée dans le bâtiment et reliée à 35 m² de panneaux solaires thermiques en toiture.
Durant l’été, ces panneaux chauffent progressivement la cuve jusqu’à 80-90°C. L’énergie stockée est ensuite utilisée au démarrage de la saison de chauffe, permettant de couvrir environ 35 % des besoins thermiques sans recourir au réseau urbain. C’est un système 100% autonome (sauf une faible consommation d'électricité pour l’alimentation des pompes). Ce système, complexe à mettre en œuvre, a cependant montré son efficacité lors des premières opérations de maintenance.
La cuve utilisée est une ancienne citerne de jus d’orange récupérée en Belgique, transformée et isolée avec de la fibre de bois et de la tôle à Toulouse avant sa livraison sur site.
Raréfaction de l’eau et multiplication des extrêmes climatiques
L'imperméabilisation des sol et le changement climatique transforment profondément la disponibilité de l’eau en France. Longtemps considérée comme une ressource abondante, l’eau devient progressivement plus difficile à gérer. Le changement climatique modifie la fréquence, l’intensité et la répartition des précipitations en France. Les phénomènes extrêmes se multiplient : sécheresses plus longues, pluies plus intenses et fonte plus rapide de la neige. Les projections climatiques pour la fin du XXIe siècle, dans un scénario de réchauffement de +4 °C à l’horizon 2100, annoncent une forte évolution du régime des précipitations. Le cycle de l’ eau est en plein bouleversement.
Les enjeux du réseau d’assainissement
Ces réseaux font aujourd’hui face à plusieurs enjeux majeurs : l’augmentation des pollutions à traiter, les épisodes de pluies intenses qui saturent les réseaux, et le changement climatique, qui complique la gestion des eaux usées. Chaque substance rejetée dans les canalisations doit ensuite être traitée en station d’épuration, ce qui augmente les coûts, la consommation d’énergie et l’impact environnemental du service . De plus, les épisodes de pluies intenses qui s’accélèrent, notamment sous forme d’orages violents peuvent saturer les réseaux d’assainissement. Les systèmes ne sont pas capables de traiter de trop grandes quantités d’eau en un temps très court. En conséquence, les « trop-pleins » sont directement rejetés dans les fleuves, rivières ou la mer, sans aucun traitement, entraînant une pollution immédiate.
Limiter nos rejets au réseau d’assainissement est donc un enjeu collectif. Réduire l’usage de produits polluants, éviter de jeter des déchets ou des substances chimiques dans les toilettes ou les éviers, et économiser l’eau permet de soulager les réseaux, de maîtriser les coûts pour les collectivités et de mieux protéger les milieux aquatiques.
Récupération des eaux pluviales
Les projets menés par la Direction recherche et innovation (DRI) intègrent systématiquement des cuves de récupération des eaux pluviales. Leur mise en service peut toutefois s’avérer complexe, car il s'agit d'une prestation repartie entre le lot VRD et le lot Plomberie, dont les interfaces sont parfois mal définies, ce qui peut retarder leur exploitation pendant plusieurs mois.
Ces cuves sont équipées d’un système de potabilisation par lampes UV qui permettraient d’utiliser cette eau pour des jeux d’enfants dans les cours. Cependant, la qualité de l’eau n’ayant pas encore été vérifiée, cet usage n’a pas été mis en place pour le moment. À ce jour, l’eau récupérée sert principalement à l’arrosage et au nettoyage. Deux toilettes destinées aux adultes, dans la maternelle Bois-Perrier, sont également alimentées par de l’eau pluviale.
Les espaces extérieurs des établissements intègrent également des aménagements paysagers ainsi que des dispositifs de rétention à ciel ouvert, tels que des mares pédagogiques et des noues.
Toilettes sèches
Des toilettes sèches ont été installées dans trois établissements. Dans le cas du centre de loisirs Jacques-Chirac, l’urine n’est pas collectée : elle est directement évacuée vers le réseau des eaux usées. Les matières fécales, quant à elles, sont stockées dans des composteurs situés juste sous les cuvettes, dans un local technique dédié. Ces bacs se remplissent plus lentement que prévu, car la décomposition y est particulièrement efficace. Il est même possible qu’ils n’aient jamais besoin d’être vidés.
À l’école Simone Veil, les toilettes sèches sont installées dans un petit bâtiment extérieur donnant sur la cour. Elles ne sont finalement pas utilisées par les usagers, et le bâtiment sert désormais d’espace de stockage.
Le centre de loisirs Jean-Mermoz est également équipé de toilettes sèches, mais cette fois-ci avec collecte des urines. Un marché de maintenance a été conclu avec une entreprise chargée de vider les cuves de stockage lorsqu’elles seront pleines et d’assurer l’entretien du dispositif. Le contrat prévoit également des actions régulières de sensibilisation auprès des usagers, adultes comme enfants.
D’une cuvette en inox a une cuvette en céramique
Pour le centre de loisirs Jacques Chirac, le choix s’est porté sur des sanitaires en inox, dont l’esthétique et la sensation au toucher a parfois surpris les enfants (l'inox parait plus froid que de la céramique). Pour le groupe scolaire Jean-Mermoz, la DRI a donc préféré revenir à l’installation de cuvettes plus traditionnelles en céramique.
Une concertation rendue complexe par la forte mobilité du personnel
Globalement, la concertation avec les utilisateurs a été limitée durant les phases d’étude des projets. Cette situation s’explique principalement par le fort turn-over au sein des équipes d’enseignants et d’animateurs. Néanmoins, des réunions de présentation ainsi que des visites de chantier ont systématiquement été organisées pour informer les usagers.
Une appropriation des bâtiments plus exigeante
La prise en main des bâtiments s’avère plus complexe que sur des projets traditionnels, car elle requiert une implication différente des utilisateurs. En effet, certains dispositifs – chauffage, ventilation ou confort d’été – nécessitent des actions manuelles simples (manipulation d’un levier, ouverture des ouvrants la nuit, activation des brasseurs d’air, etc.), mais demandent une certaine vigilance au quotidien.
Faute de temps, la Direction recherche et innovation (DRI) n’intervient que ponctuellement dans les établissements pour expliquer le fonctionnement des équipements et les bons gestes à adopter. Des signalétiques ont été installées dans toutes les salles pour rappeler les bonnes pratiques et le fonctionnement des systèmes. Pour les Boutours, l’ALEC MVE avait réalisé un retour d’expérience sur les deux premières écoles et élaboré un guide d’accompagnement.
Les utilisateurs ont la possibilité de contacter directement la DRI en cas de problème. Les demandes varient d’un site à l’autre selon les équipes en place. La DRI continue donc de se rendre sur les sites, même après la première année de parfait achèvement. Cette démarche leur permet de recueillir, de façon informelle, les retours sur l’usage réel des bâtiments.
Ressource clé
Un retour d’expérience en cours pour harmoniser les pratiques
La DRI a missionné l’agence Camille Alfada pour mener une double démarche : concertation et formation auprès des usagers de l’ensemble des bâtiments. La phase de concertation vise à recueillir les retours d’expérience des utilisateurs après plusieurs années d’exploitation, afin d’enrichir la réflexion sur les futurs projets. Elle devrait s’achever début 2026.
La phase de formation, prévue après les élections municipales (printemps 2026), a pour but de créer un socle commun de connaissances entre les personnels, les familles et les enfants souhaitant s’impliquer.
L’enjeu est de renforcer la participation des usagers dans la gestion de leur confort et dans l’entretien du bâtiment et des espaces extérieurs. En parallèle, la DRI continue ses actions dans le cadre des projets. À titre d’exemple, des arbres ont été plantés dans la cour de l’école Bois Perrier par le service des espaces verts, avec la participation des enfants de l’école et du centre de loisirs. Ces derniers, accompagnés des enseignants et animateurs, sont ensuite invités à assurer leur arrosage et leur suivi. Un travail de création d’une signalétique et de guides d’utilisation homogènes est aussi en cours avec un graphiste. Il est aussi prévu d’afficher les coupes bioclimatiques de chaque projet dans les halls, à destination des usagers et visiteurs.