Architecture et canicule : les enseignements des opérations Bâtiments durables franciliens
Les vagues de chaleur successives du printemps-été 2026 ont définitivement placé l'adaptation à la chaleur au cœur des projets de bâtiment et d’aménagement.
Les professionnel·les l’ont désormais compris : nous faisons face à un double défi, celui de concevoir des projets qui contribuent à atténuer le réchauffement climatique, tout en y intégrant des mesures d’adaptation aux risques, le risque chaleur étant l’un des principaux.
L’enjeu est immense : permettre aux écoles de rester ouvertes, maintenir le fonctionnement des hôpitaux et établissements de santé, pouvoir tout simplement continuer à vivre et dormir dans son logement. Et éviter les milliers de morts causés par chaque vague de canicule - en Europe, le bilan grimpe déjà à 12 000 pour celle de juin 2026.
Ekopolis, avec les démarches Quartiers et Bâtiments durables franciliens, accompagne depuis 2017 les porteurs de projets dans la compréhension de ce phénomène, puis dans la mise en œuvre de solutions concrètes et ambitieuses dans leurs opérations.
Parmi les plus de 200 projets accompagnés en Île-de-France, plusieurs ont été livrés avant les vagues de chaleur exceptionnelles du printemps-été 2026. Leurs retours d'expérience mettent en lumière l'efficacité de stratégies sobres et low-tech, conçues par des maîtres d’ouvrage et des équipes de maîtrise d'œuvre engagées, et accompagnées par Ekopolis.
Découvrez quelques opérations franciliennes qui apportent aujourd'hui des enseignements précieux pour concevoir les projets adaptés au climat de demain.
Face à l'intensification des épisodes de fortes chaleurs, il est essentiel de mieux comprendre les enjeux liés au confort d'été et d'identifier les solutions permettant de limiter les effets de la chaleur sur les bâtiments.
Ekopolis a élaboré plusieurs fiches « À SAVOIR » qui présentent différentes solutions pour appréhender le risque de chaleur à l'échelle du bâtiment. Ces fiches proposent un éclairage à la fois pédagogique et opérationnel sur les bonnes pratiques à adopter pour améliorer la résilience des bâtiments face aux fortes chaleurs. Elle présente les principaux enjeux, explique les dispositifs et solutions mobilisables, met en avant des exemples concrets de mise en œuvre dans des opérations de logement et s'appuie sur des retours d'expérience.
Pour aller plus loin, une bibliographie et une sélection de ressources complémentaires permettent d'approfondir le sujet et d'accompagner les professionnels dans la mise en œuvre de ces bonnes pratiques.
Face aux défis posés par le changement climatique, les professionnels du bâtiment et de l’aménagement doivent répondre à deux enjeux complémentaires : réduire l’empreinte climatique des projets qu’ils conçoivent et renforcer leur capacité à faire face aux aléas climatiques et aux risques naturels.
Cette page met à disposition une sélection d’événements, de formations, d’appels à projets et de ressources destinés à approfondir les connaissances sur les mécanismes du changement climatique et ses impacts. Elle présente également des démarches, des outils et des solutions pour accompagner la transition vers des projets plus sobres, plus résilients et mieux adaptés aux évolutions du climat.
À Paris, des bureaux sans climatisation démontrent leur efficacité
Ce bâtiment tertiaire, livré en 2025 après d’importants travaux de réhabilitation menés par l'agence AIA Life Designers, accueille aujourd’hui plusieurs centaines d’agents administratifs et notamment les bureaux de la Direction Régionale et Interdépartementale de l'Environnement, de l'Aménagement et des Transports d’Île-de-France.

© Sergio Grazia / AIA Life Designers
De fortes mesures environnementales ont été prises dès la phase conception et maintenues tout au long du projet, notamment sur l’attention au confort d’été et la réduction de l’effet d'îlot de chaleur, dans ce secteur très urbanisé en plein cœur de Paris. Pour quels résultats effectifs ? Suite à la dernière vague de canicule de juillet 2036, une cadre de la DRIEAT témoigne :
“Notre expérience de la canicule dans le bâtiment Miollis est très positive. Le bâtiment n'est pas trop monté en température, grâce à l'isolation et à la fermeture de tous les stores. La ventilation rafraîchie par système adiabatique a permis de ne pas ouvrir les fenêtres, même s’il reste encore un peu de communication à faire sur le sujet. Des ventilateurs sont toutefois les bienvenus pour les jours les plus chauds afin de faire un "courant d'air" sans ouvrir les fenêtres. Les salles de réunions climatisées permettent quant à elles de se mettre au frais pour travailler quelques heures. Les agents qui avaient bravé les transports en commun pour venir sur site ont trouvé que c'était plus confortable que chez eux !”
Un projet de réhabilitation intégrant médiathèque, Maison des réfugiés et espaces partagés
La Médiathèque et Maison des Réfugiés James Baldwin de la Place des Fêtes a été largement mise à l’honneur dans la presse lors des dernières vagues de canicule. Et pour cause : entièrement conçue selon une démarche bioclimatique par l’agence associer (Philippe Madec), elle intègre un certain nombre de principes basés sur le “bon sens” et la frugalité, qui permettent de traverser les vagues de chaleur sans recours à la climatisation. Ventilation naturelle traversante, patio central végétalisé formant un puits dépressionnaire, brasseurs d’air, ouvrants pour la surventilation nocturne, murs épais en matériaux biosourcés, et terre crue... Tous ces dispositifs concourent à l'adaptabilité du projet au climat d’aujourd’hui et de demain.

© Associer
“En période de canicule, dans ce bâtiment, les gens sont persuadés qu’il est climatisé. Mais non, il n’est pas climatisé !” se réjouit Philippe Madec dans cette vidéo produite par Tema.archi.
Dans les faits, en juin 2026, le projet a pu rester ouvert et offrir une dizaine de jours très confortables à ses occupants et au public parisien venu y trouver un “refuge fraîcheur”. Au terme de de cette période, les températures intérieures ont malheureusement fini par s’approcher de celles de l’air extérieur du fait des nuits tropicales (les températures nocturnes ne sont pas descendues en dessous de 26°C pendant plusieurs jours). Les salles équipées de brasseurs d'air ont cependant amélioré le confort des usagers, qui y étaient regroupés.
Dans les médias : un projet qui inspire et fait référence
"Canicule : à la médiathèque James-Baldwin dans le XIXe arrondissement parisien, le confort d’été est bien au rendez-vous"
Lire l'article partagé par Le Moniteur
"Fortes chaleurs : cette médiathèque parisienne mise sur la low-tech plutôt que sur la clim"
Lire l'article partagé par We Demain
Visionnez la mise en avant du projet dans l'émission C à Vous
Ateliers de décors de la Comédie-Française à Sarcelles : une rénovation énergétique en paille exemplaire
À l’origine de la rénovation des ateliers de décors de la Comédie Française figurait justement la nécessité de transformer un bâtiment très énergivore, à l’inconfort thermique mal vécu toute l’année par les équipes, en un lieu performant où il fait bon travailler en toute saison. L’intervention de l’agence Landfabrik a notamment consisté à implémenter une nouvelle structure en bois autour de l’ossature actuelle, et isoler avec des matériaux biosourcés et locaux (paille hachée de 30 cm en toiture et façades en paille de 22 cm).

© France Culture Théâtre
Le premier été 2025 a été encourageant : les salariés ont témoigné d’un confort largement amélioré par rapport à l’état initial. Lors de la canicule de fin juin 2026, on a mesuré jusqu’à 10°C de moins par rapport à l’air extérieur, avec un déphasage de quelques heures rendu possible par l’inertie de l’ensemble. Enfin, participe à ce confort la possibilité de décharge thermique nocturne grâce aux ventelles qui s’ouvrent et se ferment selon le différentiel de température.
Les Pierres Sauvages à Pantin : un programme de logements bas carbone en structure bois et pierre
Cette opération de logements en promotion privée, développée par les agences Palast et Des clics et des calques, se distingue par sa conception bioclimatique : toutes les unités sont traversantes et permettent ainsi la ventilation naturelle, notamment nocturne. Les matériaux choisis - pierre porteuse et isolants biosourcés - renforcent la qualité et l’inertie de l’enveloppe. Toutes ces mesures viennent soutenir l’habitabilité d’été.

© REI Habitat
Pendant la canicule du printemps-été 2026, le Centre municipal de santé a offert un véritable espace refuge, malgré l’absence, pour certains locaux, de protections solaires. Le confort à l'intérieur des logements a été qualifié "d'agréable", donnant une sensation de fraîcheur pendant les 8 premiers jours de canicule.
Des projets scolaires conçus pour le confort d'été
À Rosny-sous-Bois, l’ensemble des projets d’établissements scolaires conçus par la Direction Recherche et Innovation intègre une démarche bioclimatique dans leur conception architecturale. Celle-ci est détaillée dans l’onglet “Confort d’été” du dossier produit par Ekopolis en avril 2026. En voici quelques points-clés :
Les implantations des bâtiments neufs tiennent compte de leur environnement pour garantir une architecture bioclimatique. Les façades exposées bénéficient de protections solaires fixes (comme des casquettes) et/ou mobiles (brise-soleils à lamelles orientables ou rétractables). Bien que les structures des bâtiments neufs soient majoritairement en bois, la mise en œuvre de murs épais isolés en bottes de paille et l’intégration de terre crue, pour les enduits intérieurs, certaines cloisons (plaques de terre crue) et des murs porteurs (briques de terre comprimée), apporte une forte inertie thermique. Chaque salle de classe est dotée d’ouvertures dédiées à la ventilation naturelle nocturne, et elles sont également équipées de brasseurs d’air afin d’améliorer le confort des occupants pendant la journée.
Le groupe scolaire Jean Mermoz intègre même un “bouton canicule” à activer lors de périodes de chaleur prolongées, lorsque l’inertie thermique ne suffit plus. Son activation déclenche des moteurs qui renforcent le tirage thermique et amènent de l’air frais dans les espaces intérieurs.
Au sujet des écoles de Rosny-sous-Bois, un reportage de France Inter datant de juillet 2025 affirmait en guise d’introduction : “quand on passe la porte du centre scolaire Jacques Chirac, on perd au moins 10 degrés”. Qu’en est-il un an plus tard, alors que trois vagues de chaleur se sont succédé entre mai et juillet 2026 ?
Un rapport interne rédigé par la Direction Recherche et Innovation à destination aux équipes de la Ville de Rosny, datant de début juin 2026, partage des résultats quantitatifs (mesures physiques) et qualitatifs (interviews d’usagers) recueillis sur les cinq équipements conçus par la DRI pour la Ville sur la période du 21 au 27 juin 2026.
Les conclusions sont dans l’ensemble très encourageantes : “Les relevés de température pris dans les quatre bâtiments cités ci-dessus la semaine dernière montrent que globalement les objectifs de confort d'été sont atteints même en période de canicule.”. L’objectif en question : atteindre une température maximale de 32°C dans les salles, avec une tolérance de 1%, c’est-à-dire que, pour 1% du temps occupé, la température peut dépasser le seuil de 32°C. Ces objectifs définissent un bâtiment très performant du point de vue thermique. Toutes les salles accueillant des enfants et leurs encadrants sont équipées de brasseurs d’air, dispositif qui a rendu cette température vivable au quotidien.
Sur la maternelle Jean Mermoz, les résultats obtenus sont particulièrement impressionnants : en fin de canicule, la température de la classe ne dépasse pas 28°C. Les usagers de l’équipement semblent s’être particulièrement bien appropriés l’utilisation du bâtiment. “Les valeurs observées montrent que le rafraichissement par les puits a été activé et que la gestion impeccable des équipes a fait de ce bâtiment un refuge pour les usagers”.
Le rapport pointe d’importants efforts à mener concernant l’entretien des équipements et la formation des usagers aux bonnes pratiques à mettre en place en période de canicule. La gestion des ouvrants constitue notamment un point de blocage récurrent. Les comportements sont encore à l’opposé des bonnes pratiques qui voudraient que l’on ouvre les fenêtres le soir pour permettre la surventilation nocturne, et qu’on les referme le matin. Il apparaît aussi que le “bouton canicule” du centre de loisirs Jean Mermoz n’a pas été activé, alors même que la situation l’aurait amplement justifié.
La DRI insiste sur ce fait : “Sans compréhension partagée du phénomène et sans mise en place de bonnes habitudes de réactions, l’effort de prévision et de conception risque d’être vain”. D’où la volonté de l’équipe de constituer une “culture de la canicule” qui sensibilise et responsabilise l’ensemble de la communauté.