[DOSSIER] Valorisation du bien-être dans l'aménagement urbain. Ateliers d'experts internationaux et d'habitants du Grand Paris

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2026
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L’Apur engage un travail exploratoire sur la valorisation du bien-être dans l’aménagement urbain du Grand Paris. L’objectif est de dépasser les indicateurs classiques (m², coûts, densité) pour mieux mesurer les effets sociaux, sanitaires, environnementaux et économiques des projets sur les habitant·es. À travers un cycle d’ateliers réunissant chercheur·ses, professionnel·les et citoyen·nes, la démarche vise à construire une méthodologie opérationnelle intégrant des dimensions subjectives et objectives du bien-être, afin d’orienter plus efficacement les politiques urbaines.

L’Apur mène une réflexion sur la manière de définir et d’évaluer le bien-être en ville dans le contexte du Grand Paris. Ce travail s’inscrit dans la continuité des débats sur l’économie du bien-être, notamment relancés par la commission Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, qui questionne les indicateurs traditionnels comme le PIB.

L’ambition est d’élargir les cadres d’analyse de l’aménagement urbain afin de mieux prendre en compte ses impacts matériels et immatériels : santé, qualité de vie, réduction des inégalités, environnement, liens sociaux, dynamisme économique ou encore image des quartiers. Plusieurs approches sont explorées : intégration d’indicateurs subjectifs de satisfaction, évaluations d’impacts en santé, méthodes socio-économiques monétarisant les effets immatériels, ou encore perspectives issues de l’économie post-croissance.

Pour nourrir cette réflexion, un cycle d’ateliers a réuni chercheur·ses, professionnel·les de l’aménagement et citoyen·nes. Les échanges ont porté sur la définition du bien-être en ville, ses méthodes d’évaluation et les bénéfices attendus pour les projets urbains. Cette démarche doit aboutir à la mise en place, en 2026, d’une méthodologie opérationnelle et participative permettant d’évaluer plus globalement les effets des opérations d’aménagement à Paris et dans le Grand Paris.

Le rapport présente le contenu des ateliers, une synthèse de ceux-ci puis les grands enjeux et orientations pour la poursuite des réfléxions.

Atelier 1 - Comment définir le bien-être en ville ? Approches théoriques et pratiques Qu’est-ce qu’un urbanisme favorable

Ce premier atelier pose les bases d’une définition du bien-être en ville en croisant approches économiques, spatiales, sanitaires et écologiques. Les interventions montrent que le bien-être peut être mesuré à partir d’indicateurs à la fois subjectifs (satisfaction déclarée), objectifs (données spatiales, environnementales) et participatifs. Les échanges soulignent la nécessité d’indicateurs simples, opérationnels et transparents pour éclairer les décisions publiques, tout en intégrant les dimensions sociales, sanitaires et environnementales des projets urbains. L’atelier esquisse ainsi l’horizon d’une « ville du bien-être » durable, coopérative et centrée sur la qualité de vie plutôt que sur la seule production de mètres carrés.

Atelier 2 - Quelles méthodes et mesures pour évaluer le bien-être ? Outils et enjeux

Ce deuxième atelier explore les méthodes et outils permettant d’évaluer le bien-être dans les projets d’aménagement. Il met en débat l’évaluation socio-économique (analyses coûts-bénéfices, monétarisation), les bilans écologiques intégrant les limites planétaires, ainsi que les indicateurs subjectifs et participatifs comme les enquêtes sur l’épanouissement. Les échanges soulignent à la fois l’intérêt de ces outils pour éclairer les choix publics et leurs fragilités méthodologiques (hypothèses, valeurs utilisées, complexité). Un consensus émerge sur la nécessité d’indicateurs clairs, transparents et co-construits, intégrés tout au long du projet, afin que l’évaluation devienne un levier d’apprentissage et d’amélioration continue au service du bien-être.

Atelier 3 - Quelle définition du bien-être pour les citoyens ? Attentes et indicateurs partagés

Ce troisième atelier donne la parole aux citoyen·nes pour définir le bien-être en ville à partir de leurs expériences vécues. Ils l’associent à des ressentis positifs (calme, appartenance, plaisir d’être dehors) mais aussi à l’absence d’irritants (bruit, saleté, insécurité, transports inconfortables). Les espaces publics de proximité, le lien social, l’accessibilité des services et la qualité des aménagements apparaissent comme essentiels. Les échanges montrent que le bien-être se construit dans les usages quotidiens, la qualité des relations sociales et la capacité de la ville à offrir des espaces inclusifs, régulés et adaptés aux enjeux climatiques et sociaux.

Atelier 4 - Quels bénéfices associer au bien-être ? Applications territoriales et valorisation

Ce quatrième atelier explore comment opérationnaliser l’évaluation du bien-être dans les projets urbains, de la stratégie territoriale au suivi post-livraison. Les interventions présentent des cadres variés : Donut territorial (articulation plancher social / plafond écologique), indicateurs territorialisés de bien-être (Ibest à Grenoble), évaluations ex post d’écoquartiers et méthodes d’observation des usages centrées sur l’espace public. Les échanges soulignent l’importance d’agir à différentes temporalités (avant, pendant, après projet), de clarifier les objectifs de l’évaluation et d’assurer un réel « retour » des indicateurs vers la décision. L’enjeu central est de faire du bien-être un levier concret de transformation des projets, sans le réduire à une simple monétarisation ou à un outil de communication.

 

Enseignements et orientations :

  • Un intérêt croissant et partagé pour la prise en compte du bien-être dans l’aménagement urbain à l’international, avec une grande diversité d’objectifs, d’approches et d’outils selon les métropoles ;
  • L’appréhension du bien-être dans l’aménagement urbain s’inscrit dans le cadre plus large de l’économie du bien-être ;
  • Les dimensions du bien-être sont communes et partagées, croisant aménagements urbains et éléments sensibles ou immatériels ;
  • L’évaluation du bien-être dans les opérations d’aménagement nécessite une stratégie et une prise en compte à plus grande échelle ;
  • Un périmètre d’étude à définir selon les opérations et les enjeux, s’appuyant sur une connaissance fine du contexte ;
  • La prise en compte du bien-être dans l’aménagement urbain peut-être réalisée à toutes les étapes des opérations : programmation, conception, construction, après livraison ;
  • Les outils et les indicateurs doivent être compréhensibles, transparents et accessibles au plus grand nombre ;
  • La valorisation monétaire est efficace de manière ciblée pour mettre en regard, guider et partager les choix d’investissement ;
  • L’analyse du bien-être nécessite la production de données nouvelles, pluri-thématiques, sensibles, cartographiées et suivies dans le temps ;
  • La participation des habitant·es et de l’ensemble des parties est indispensable à la définition et l’évaluation du bien-être tout au long de la démarche.