Interventions de Christian Comiot et de Michel Possompès, architectes et enseignants

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Année d'édition
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2010

Christian Comiot et Michel Possompès abordent la question de la recomposition et de la mutation architecturale urbaine et paysagère de l'existant. Cette vidéo a été réalisée à l'occasion du cycle de formation Ekopolis 2010 "Du territoire au matériau, changer d’optique pour concevoir durable" le 16 novembre 2010. La thématique de cette journée était "EXISTANT & Réhabilitation : Composer la ville avec la ville".

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Réalisation : Julien Ravoux

Résumé de l'intervention

La transformation de l'architecture de sites ou d'édifices existants est une pratique courante dans l'histoire, en particulier lors des périodes de mutation importante des sociétés. Celle que nous traversons aujourd'hui rend obsolètes des aménagements, infrastructures industrielles et bâtiments de toutes sortes, de toutes époques et d'inégale valeur architecturale. Au delà des valeurs symboliques ou patrimoniales que l'on peut leur accorder, alors que les préoccupations environnementales reviennent en premier plan, ils peuvent être appréhendés aussi comme une énergie emmagasinée : celle qu'il a fallu pour les construire et fabriquer leurs composants ajoutée à celle qu'il faudrait pour les démolir et recycler ces mêmes composants.

Un travail de diagnostic préalable est donc indispensable pour instruire correctement la problématique du maintien de tout ou partie de ces ensembles délaissés. De toutes les compétences des professions concernées par ces questions, celles de l'architecte porte essentiellement sur les potentialités de réorganisation et de requalification des espaces, mais aussi sur le sens et l'esthétique des ces transformations. Se tenant volontairement à distance des idéologies extrêmes de la tabula rasa d'un coté et de la conservation systématique de l'autre, une approche réfléchie permet de révéler les enjeux par l'analyse de la situation souvent complexe dans laquelle se trouvent les sites et édifices concernés.

Décomposer cette apparente complexité en questions élémentaires fait apparaître des critères objectivables qui mènent à des hypothèses fiables, fondatrices d'un projet de mutation opérationnel, qui fait la part entre ce qui doit être maintenu, ce qu'il faut transformer, ce qu'il est inutile ou impossible de conserver et ce qu'il faut rajouter, dans une stratégie globale de recomposition architecturale, urbaine et paysagère.

Un des thèmes majeurs qui animent cette réflexion est celui du statut donné, dans le processus de conception, aux traces d'occupation des activités antérieures. Elles constituent le support matériel de la mémoire des lieux et les enrichissent d'une quatrième dimension par la profondeur temporelle que confère à l'espace leur stratification. Il n'empêche que cette stimulation conceptuelle doit être gérée de façon savante et renseignée sur la valeur  symbolique de l'architecture existante, pour éviter les poncifs et contre-sens qui peuvent mener à de graves erreurs de syntaxe...

Pour éviter de partir à l'aveuglette, il faut prendre le temps de mener à bien les études préalables au projet, à commencer par le recueil des données et les relevés de toute nature et à toutes les échelles : données historiques, géographiques, urbaines, paysagères, environnementales, dimensionnelles, spatiales, structurelles, architecturales, culturelles, sociologiques, programmatiques, économiques, réglementaires, etc… Cette liste, livrée volontairement en vrac, n'est pas exhaustive et varie selon les cas. Pour illustrer le propos par un exemple : le système constructif d'un édifice étant le pivot de la métamorphose entre l'état existant et l'état futur, l'analyse structurelle approfondie est l'outil indispensable de la conception. L'analyse des données recueillies, qui constitue le travail d'expertise, aboutit à un diagnostic révélant l'état des lieux en les projetant dans une dynamique de mutation. Il ne s'agit pas de décrire l'existant, mais d'en déceler les potentialités, en explorant toutes les possibilités de transformation à partir des ressources des lieux et de leur organisation.

Ce travail de clarification des enjeux à partir de l'analyse des données fait émerger diverses hypothèses de travail, éventuellement contradictoires, sur la base desquelles peut s'élaborer une stratégie de projet. Le travail de conception doit prendre en compte le champs des contraintes réglementaires de toutes sortes, qu'elles viennent de la règlementation urbaine, de sécurité-incendie, des établissements recevant du public, d'accessibilité des handicapées, de la haute qualité environnementale, du travail, etc... Ces normes, si elles sont intransigeantes pour des projets de bâtiments neufs, sont dérogatoires en ce qui concerne les projets de reconversion. L'application de ces normes à ce type de projets constitue une gymnastique intellectuelle excellente, car elle nécessite la perception mentale en trois dimensions de l'ensemble du projet comme de ses parties. Pour ces mêmes raisons, elle rejoint la performance intellectuelle que constitue la compréhension du système constructif de l'ensemble de l'édifice comme de ses parties. Il s'agit de maitriser ces contraintes pour maintenir les autres objectifs conceptuels du parti architectural. Certains pensent qu'il est plus simple de travailler sur un projet de transformation de l'existant que sur un projet neuf : il n'en est rien, bien au contraire...

 

Biographie de Christian Comiot

Double formation initiale : ingénieur ESTP (1976) et architecte dplg à l'ENSBA, Unité pédagogique d'architecture n°1 (1982). Filière suivie en troisième cycle : "Centre ancien" et sujet de diplôme : Reconversion de l'ancien hôpital Saint-Louis à Boulogne-sur-Mer.

Activité libérale en architecture depuis 1987 : atelier d’architecture Isachris, inscrit à l'Ordre des architectes de Haute-Normandie.

De 1978 à 1992 : enseignant en lycée technique Bâtiment, intervenant notamment dans la préparation du BTS "Adjoint technique du bâtiment".

De 1989 à 2000 : enseignant à l'École d'architecture Paris-Villemin : création d'une filière "Architecture et patrimoine" en 3°, 4° et 5° année, dont un "Atelier Sarajevo" en 1996.

Depuis 2001 : enseignant à l'École nationale supérieure d'architecture Paris-Malaquais : membre actif du département AMC2 : "Architecture, matière et culture constructive" ; co-responsable de l'unité d'enseignement de fin de licence "Performances in situ" : création d'installations plastiques et architecturales dans des sites délaissés ; responsable de la thématique de projet de fin d'études "Mutation architecturale, urbaine et paysagère" organisée selon le triptyque d'unités d'enseignement de Master 2 : Tabula non rasa ? - Reconversion de sites et d'édifices – Mutation manifeste.

Biographie de Michel Possompès

Michel Possompès anime une agence d’architecture depuis plus de vingt ans. Les programmes parisiens mobilisent la plus grande partie de ses énergies, tant pour des projets de construction neuve, que pour la réhabilitation et la reconversion d’ensembles devenus obsolètes pour leur ancienne destination. Les réalisations principales de l’agence Fondamental recouvrent les différents registres de la réhabilitation. Michel Possompès mène depuis quelques années un enseignement à l’École nationale supérieure de Paris Malaquais. Il participe en vacataire à l’animation, dans le département Architecture domestique, d’un Studio sur la réhabilitation de l’immeuble parisien, et également aux côtés de Christian Comiot dans la thématique de fin d’études : Mutation architecturale, urbaine et paysagère. Michel Possompès a toujours été relié à l’univers du théâtre. Aujourd’hui la scénographie reste présente dans son exercice professionnel et dans son enseignement. Ses séances pédagogiques sur l’espace bâti ou transformé lui font en permanence référence : scénographie et décor comme force initiatrice pour un certain esprit dans la conception des lieux, des itinéraires et des dispositifs d’architecture.