Le déploiement des Infrastructures de Recharge pour Véhicules Électriques (IRVE) dans le patrimoine public s’accélère sous l’effet des obligations réglementaires, de l’électrification des flottes de véhicule et des attentes des usagers.
Cependant, installer des bornes ne suffit pas : le véritable enjeu réside dans le dimensionnement électrique, l’anticipation des puissances et le pilotage énergétique intelligent, afin d’éviter les surcoûts et les contraintes réseau. Les collectivités, bailleurs sociaux, établissements de santé et acteurs tertiaires doivent répondre à plusieurs enjeux :
Obligations réglementaires (pré-équipement des parkings neufs ou rénovés)
Électrification progressive des flottes publiques
Stratégies bas carbone et plans climat
Attentes des agents et usagers
Mais le risque principal est clair : Installer des bornes sans stratégie globale peut entraîner des dépassements de puissance souscrite et des coûts d’exploitation élevés.
Phase 1 : Comprendre les besoins et le site
Avant de poser une seule borne, il faut prendre le temps d’observer le contexte : combien de véhicules vont l’utiliser ? Combien d’heures passent-ils stationnés ? Quels types de véhicules (petites voitures, utilitaires, flottes professionnelles) ?
On analyse aussi l’électricité déjà disponible dans le bâtiment : est-ce qu’il reste assez de puissance pour ajouter des bornes sans surcharger le réseau ? Cette étape permet de ne pas installer des bornes inutiles ou mal dimensionnées et d’anticiper les besoins futurs.
Phase 2 : Dimensionner correctement la puissance
Une fois les usages identifiés, il faut calculer combien de puissance sera réellement nécessaire. On ne se fie pas uniquement au nombre de bornes prévues. Par exemple, dix bornes de 22 kW ne consommeront jamais simultanément toute leur puissance si on organise leur usage intelligemment.
Cette phase consiste à prévoir le type de bornes (charge lente ou rapide) et à ajuster la puissance pour que tout fonctionne sans risque de coupure ni de surcoût électrique.
Phase 3 : Installer et organiser les bornes
Vient ensuite l’installation physique. Chaque borne doit être sécurisée, facile d’accès et conforme aux règles électriques. On choisit l’emplacement pour que les utilisateurs puissent se garer facilement, mais aussi pour que la maintenance soit simple.
Il est aussi important de prévoir des supports pour suivre la consommation, comme des sous-compteurs ou des systèmes de supervision, pour savoir exactement combien chaque borne consomme.
Phase 4 : Mettre en place le pilotage intelligent
Installer des bornes ne suffit pas : il faut les piloter. Le pilotage consiste à adapter la puissance utilisée selon les besoins du moment.
Quand le bâtiment consomme beaucoup, certaines bornes peuvent se mettre en veille pour éviter les surcharges.
Quand il y a peu de consommation, la charge peut accélérer.
On peut même programmer la recharge en fonction des heures creuses ou de la production photovoltaïque si le site en a.
Cela permet de réduire les coûts, de protéger le réseau et de mieux organiser l’usage des bornes.
Phase 5 : Suivre et ajuster régulièrement
Une fois les bornes installées et pilotées, le travail n’est pas terminé. Il faut observer l’utilisation réelle : quelles bornes sont les plus sollicitées ? Combien de véhicules se rechargent chaque jour ? Y a-t-il des heures où tout le monde veut charger en même temps ?
Ces observations permettent d’ajuster la puissance, d’ajouter éventuellement de nouvelles bornes ou de changer le pilotage pour que tout reste fluide et efficace.
Phase 6 : Intégrer à la stratégie globale
Enfin, les bornes doivent faire partie d’une stratégie plus large : comment elles s’inscrivent dans la transition énergétique du site, dans la réduction des émissions de CO₂ et dans la gestion des autres consommations d’énergie.
L’objectif est que l’IRVE ne soit pas juste un équipement isolé, mais un outil qui participe à une meilleure gestion énergétique globale et à la mobilité durable du territoire.
Bonnes pratiques recommandées
Pour assurer un déploiement efficace et sécurisé des infrastructures de recharge, plusieurs bonnes pratiques sont à suivre :
Étude de charge préalable : analyser la consommation électrique existante et les contraintes du réseau avant toute installation.
Déploiement progressif : installer les bornes par phases, en fonction des besoins réels et des priorités opérationnelles.
Pilotage dynamique obligatoire : mettre en place un système de gestion intelligente pour répartir la charge et éviter les pics de consommation.
Anticipation des usages futurs : prendre en compte l’évolution du parc de véhicules et les besoins à moyen terme.
Intégration à la stratégie bas carbone : aligner le projet avec les objectifs de réduction des émissions et de transition énergétique de l’établissement.
Indicateurs de suivi
Pour mesurer la performance et ajuster le déploiement, il est recommandé de suivre :
La consommation en kWh par borne
Le taux d’occupation des stations
La puissance maximale appelée
Le coût moyen par recharge
Les émissions de CO₂ évitées grâce à l’usage des véhicules électriques
Dans les établissements de santé, le déploiement de bornes de recharge doit s’inscrire dans une stratégie patrimoniale et énergétique globale. L’investissement initial varie selon les besoins : une borne en courant alternatif (AC), adaptée aux stationnements de longue durée (personnel, flotte interne), représente généralement un coût compris entre 1 200 et 3 000 €. En revanche, une borne rapide en courant continu (DC), pertinente pour des usages intensifs ou des véhicules sanitaires, peut dépasser 15 000 €, hors éventuels travaux d’adaptation du réseau.
Au-delà du coût d’acquisition, l’analyse doit porter sur le coût global (TCO) : travaux de génie civil si besoin, adaptation du poste de transformation, maintenance, supervision, renouvellement du matériel et impact sur l’abonnement électrique.
Plusieurs aides peuvent être mobilisées : le programme ADVENIR, le dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE) , certaines subventions régionales ou encore des appels à projets liés à la mobilité durable et à la transition énergétique. Une veille active sur ces dispositifs permet d’optimiser le plan de financement.
Enfin, dans un contexte hospitalier où le réseau électrique est déjà fortement sollicité (plateaux techniques, imagerie, blocs opératoires, climatisation), l’enjeu principal réside dans le le dimensionnement intelligent des installations IRVE. L’optimisation de la puissance souscrite, le pilotage dynamique de la charge et l’intégration au schéma directeur énergie permettent souvent d’éviter un renforcement lourd et coûteux du réseau.
L’approche doit donc être intégrée, progressive et pilotée en cohérence avec la stratégie énergétique globale de l’établissement.
Dans les bâtiments des bailleurs sociaux, le pré-équipement est obligatoire, il faut gérer des installations pour plusieurs résidents et mutualiser les puissances disponibles.
Pour les établissements de santé, la continuité d’activité doit être garantie, alors que le réseau électrique est déjà fortement sollicité, obligeant à trouver un compromis entre confort, sécurité et besoins de recharge.
Dans les collectivités présentent des usages mixtes, pour les agents et le public, avec des contrats souvent complexes et des exigences de maintenance et d’exploitation sur le long terme.
Enfin, la sécurité ne doit jamais être négligée. Les bornes ne doivent pas être installées sur des murs en bois ni sur des surfaces exposées à l’humidité, par exemple en façade non protégée de la pluie. Il est aussi préférable d’éviter les endroits très chauds ou mal ventilés. Le local doit toujours bénéficier d’une ventilation suffisante pour évacuer la chaleur produite par les équipements et assurer leur bon fonctionnement dans la durée.
Le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE) présente plusieurs bénéfices environnementaux majeurs :
Réduction des émissions de CO₂ liées à la mobilité.
Décarbonation des flottes publiques, en remplaçant progressivement les véhicules thermiques par des véhicules électriques.
Amélioration de la qualité de l’air urbain, notamment dans les zones à forte densité de trafic.
Contribution à la transition énergétique territoriale, en intégrant les infrastructures de recharge aux politiques locales et aux schémas directeurs énergie.
Cependant, l’impact réel dépend fortement du mix électrique utilisé et de la mise en place d’un pilotage intelligent des bornes, qui permet d’optimiser la consommation et de réduire les pics de charge.
Pour des conseils plus techniques sur la conception et le dimensionnement des IRVE, le guide pratique SEQUELEC IRVE n°13 constitue une ressource précieuse et directement exploitable.