La transition écologique du système de santé repose sur une mobilisation collective. Au-delà des bâtiments et des consommations d’énergie, les achats de dispositifs médicaux et de médicaments représentent un levier important pour réduire l’empreinte environnementale des établissements de santé.
Pourquoi agir sur les produits de santé ?
En France, le secteur de la santé représente environ 8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre en 2021, selon les travaux du Shift Project. Une part significative de ces émissions est liée aux produits de santé, notamment aux dispositifs médicaux et aux médicaments.
Leur fabrication, leur transport, leur conditionnement et leur fin de vie mobilisent d’importantes quantités de matières premières et d’énergie. Ils contribuent également à la consommation de ressources telles que les plastiques, le cuivre et l’hélium.
Selon le rapport technique du Shift Project, les dispositifs médicaux représentent environ 7,4 millions de tonnes de CO₂e et les médicaments 9,1 millions de tonnes de CO₂e par an, soit un total de 16,5 MtCO₂e.
Source : Le Bilan Carbone de la santé en France, rapport technique du Shift Project
1. Réduire l’impact environnemental des dispositifs médicaux
Seringues, tubulures, protections pour l’incontinence, lits médicalisés et fauteuils roulants : les dispositifs médicaux couvrent une grande diversité de produits, aux impacts environnementaux variables. Leur empreinte dépend notamment des matières premières utilisées, de l’énergie nécessaire à leur fabrication, des distances de transport et de leur fin de vie.
Quels leviers d’action ?
Les établissements peuvent agir dès la définition de leurs besoins et de leurs stratégies d’achat :
- Intégrer des critères environnementaux dans les marchés : prendre en compte la durabilité, la composition des produits, leur réparabilité et leur fin de vie.
- Évaluer les fournisseurs : examiner leurs engagements et leurs pratiques en matière de réduction des émissions.
- Favoriser le réutilisable lorsque cela est pertinent : comparer les solutions à usage unique et réutilisables en tenant compte du cycle de vie, des coûts et des exigences sanitaires.
- Renforcer la résilience des approvisionnements : étudier les possibilités de diversification ou de relocalisation pour certains produits stratégiques.
- Mesurer les impacts : mobiliser des méthodes et des outils d’évaluation environnementale adaptés aux dispositifs médicaux.
Ces évolutions doivent être évaluées au regard des exigences de sécurité des soins, de prévention des infections et de disponibilité des produits.
2. Diminuer l’empreinte carbone des médicaments
L’impact environnemental des médicaments ne se limite pas à leur fabrication. Il comprend également la production des principes actifs, la recherche et le développement, les essais cliniques, le conditionnement, le transport et la gestion des produits non utilisés.
Quels leviers d’action ?
La réduction de l’empreinte carbone des médicaments implique une action coordonnée entre les industriels, les pharmaciens, les acheteurs, les prescripteurs et les équipes soignantes.
- Décarboner la fabrication : améliorer l’efficacité énergétique des sites de production et développer le recours aux énergies bas-carbone.
- Optimiser la logistique : limiter les transports les plus émetteurs lorsque les contraintes d’approvisionnement et de conservation le permettent.
- Éco-concevoir les emballages : réduire les matières utilisées et améliorer leur recyclabilité, dans le respect des exigences réglementaires et sanitaires.
- Prévenir le gaspillage : mieux adapter les commandes et les stocks, et limiter les pertes de médicaments.
- Éco-concevoir les soins : interroger les pratiques et les organisations afin de réduire les impacts évitables, sans compromettre la qualité ni la sécurité des prises en charge.
L’objectif n’est pas de réduire les traitements nécessaires, mais de limiter les impacts environnementaux évitables tout au long du parcours de soin.
3. Accompagner les professionnels dans le changement
La transition écologique des pratiques de soin se heurte à plusieurs difficultés : manque de temps, besoin de formation, complexité des choix techniques et crainte de compromettre les protocoles d’hygiène. Les habitudes professionnelles et l’organisation des établissements peuvent également ralentir l’évolution des pratiques.
Plusieurs facteurs facilitent néanmoins le passage à l’action : l’engagement des équipes, la recherche de gains économiques, l’amélioration de l’attractivité des établissements et la prise en compte croissante des enjeux environnementaux dans les politiques d’achat et les démarches qualité.
Pour consolider cette dynamique, les établissements ont besoin de formations adaptées aux métiers, de données fiables pour comparer les impacts, d’outils d’aide à la décision et de retours d’expérience documentés.
La diffusion des pratiques déjà expérimentées constitue également un levier essentiel pour accélérer leur adoption.
4. Des ressources pour passer à l’action
Plusieurs ressources permettent d’approfondir ces enjeux et d’identifier des pistes d’action pour les établissements de santé.
Éco-conception des soins : outils et documentation, MAPES
- Feuille de route pour la planification écologique du système de santé, ANAP
Ressources à télécharger
Réduire l’empreinte environnementale des produits de santé suppose de mieux connaître leurs impacts, de faire évoluer les achats et les pratiques professionnelles, et de partager les solutions qui fonctionnent.
Cette transition nécessite des outils accessibles, des formations adaptées et une gouvernance qui donne une place concrète aux enjeux environnementaux dans les décisions quotidiennes. Chaque établissement peut contribuer à cette évolution en mobilisant ses équipes et ses partenaires, tout en plaçant la qualité et la sécurité des soins au cœur de ses choix.
